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Trop court le séjour à l'Auberge des Falaises
La région de Charlevoix reste sans doute l'une de celles, au Québec, où l'on a assisté, depuis quelques années, à la plus grande multiplication de petits hôtels sympathiques et de bonnes tables.
Le phénomène n'a rien d'étonnant, compte tenu de l'exceptionnelle beauté du paysage et de la chaleur de l'accueil qu'on y réserve aux visiteurs.
Il n'y a pas à se surprendre non plus que, depuis bientôt 15 ans, l'Auberge des Falaises y occupe une place de premier plan au palmarès des établissements fréquentés par une clientèle fidèle et par de nombreux hôtes de passage attirés par sa grande renommée.
On eût pu craindre que ce succès ininterrompu en vienne à émousser, comme cela arrive trop souvent, le souci de maintenir ce qui a été le fondement d'une réputation enviable.
Heureusement ce n'est pas le cas, comme en témoigne le soin évident que mettent les propriétaires et leurs collaborateurs à la justifier dans les moindres détails.
Facile à trouver, l'Auberge des Falaises borde le boulevard du même nom qui croise la principale voie d'accès à Pointe-au-Pic lorsqu'on arrive par la route 362. On est alors à un kilomètre à peine du Casino, ce qui n'est pas dénué d'intérêt si le mauvais temps se met de la partie et interdit trop longtemps la pratique de l'une ou l'autre des multiples activités extérieures qui sont proposées, aussi bien en été qu'en hiver.
Panorama grandiose
Accroché à flanc de coteau, le bâtiment principal, contenant la réception, la salle à manger, un vaste salon et une quinzaine de chambres, ressemble à première vue aux autres résidences cossues érigées dans ce secteur au début du siècle par de richissimes Américains. Ce n'est qu'en accédant à l'entrée principale, après avoir contourné la façade, qu'on aperçoit tout le panorama grandiose que l'auberge réserve à ses clients. Qu'on s'y attarde sur la terrasse, en prenant l'apéro ou le digestif, dans la salle à manger aux larges baies vitrées ou bien à l'abri des moustiques et des intempéries dans une gloriette entourée de parois transparentes, on n'aura de cesse d'admirer, au pied de la falaise, l'anse qui sépare Pointe-au-Pic de Cap-à-L'Aigle. Ou, vu d'un autre angle, le majestueux estuaire du Saint-Laurent dont la largeur n'empêche pas, quand il fait beau et clair, de deviner au loin, sur la rive sud, les toits de Kamouraska.
En raison de la notoriété de la maison, il est plus prudent, évidemment, de faire ses réservations à l'avance. Surtout pendant la haute saison des vacances de juillet et août. Ce sera alors le moment d'indiquer sa préférence pour une chambre à l'intérieur de l'auberge proprement dite ou dans le nouveau pavillon, à quelques pas de là. Dans ce dernier cas, pour un tarif dit « de luxe » on aura droit à un environnement plus moderne incluant balcon, baignoire à remous, foyer, salon, tout en bénéficiant d'une vue imprenable sur le fleuve.
Dans l'auberge même
Les premières ont bien sûr l'avantage d'être mieux intégrées à l'auberge en permettant d'y circuler, sans avoir à sortir, Même si plusieurs de ces chambres sont situées au premier étage, donc au-dessus des salles communes, elles sont remarquablement isolées et assurent une quiétude totale en dépit de leur proximité avec tout le va-et-vient dans les autres pièces de la maison. La décoration toute en teintes pastel et riche de ces petits détails qui lui confèrent un caractère intimiste incitant à la détente reflète le raffinement des propriétaires. Le mobilier y est très confortable et douillet, encore qu'on puisse regretter, dans certaines chambres, l'absence d'un fauteuil additionnel et de deux tables de chevet, plutôt que d'une seule, destinées à chacun des occupants. Il s'agit là d'une lacune certes agaçante, mais somme toute, mineure, qu'on oublie rapidement peu près d'être passé à table.
À table
C'est à ce moment-là qu'on comprend que l'Auberge des Falaises est considérée par les spécialistes comme un des hauts lieux de la gastronomie au Québec. La simple lecture du menu constitue, à elle seule, le plus efficace des apéritifs, et plus d'un gourmet éprouvera sans doute bien des frustrations devant l'obligation de faire un choix entre toutes les merveilles proposées.
Faute de pouvoir goûter à tout, on sera, en tout cas, certain de ne pas le regretter si, par chance, la carte suggère ce jour-là, la granité au cèdre, le filo de caille, l'omble chevalier rôtie sur peau à la tomate, le gâteau de lièvre aux pruneaux, le magret de canette à l'orange, l'assiette de gibier à la confiture de vin, la côte de veau de Charlevoix accompagnée de légumes-racines au lard, le carré d'agneau ou la noix de ris de veau et homard. Sans oublier, évidemment, un choix de desserts qui sont une incitation directe à remettre à plus tard toute velléité de se mettre à la diète.
À vrai dire, un séjour à l'Auberge des Falaises ne suscite qu'un regret, celui de devoir l'achever. Heureusement, il offre du même souffle la solution à ce problème en donnant à tous ceux qui ont eu le bonheur de la découvrir le désir d'y revenir.
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